La complication culturelle à la logique collaborative

En tant que maire, je suis parvenu au bout de 8 années de mandat à faire comprendre à la nouvelle secrétaire de mairie la nécessité de gérer l’agenda de location de la salles d’activités par Google Agenda. La secrétaire en poste, après m’avoir bazardé involontairement tout l’agenda en ligne, s’était évertuée à chercher à me faire revenir par tous les moyens à la version papier. Sa remplaçante a également essayé de m’expliquer tout le bien qu’elle pensait de ce retour à l’ancien temps. J’ai réussi à lui « vendre » à la nouvelle secrétaire le partage de notes via Google Keep. Ils me restent à convaincre tous les autres : adjoints, conseillers, salariés et bénévoles de la médiathèque. Et c’est loin d’être gagné !

Résistance au changement

La complication culturelle à la logique collaborativeN’allez pas croire que les secrétaires de mairie, les personnels et les élus ne sont pas capables de comprendre quoi que ce soit à Google Agenda, que je devrais bientôt remplacer par un NextCloud auto-hébergé. Bien au contraire. Ils assimilent cette bascule vers la numérisation à une perte de leur petit pouvoir. Lorsque la nouvelle secrétaire m’a expliqué qu’elle inscrivait les numéros de téléphones utiles de la mairie sur son propre répertoire, je lui ai indiqué que la 1ère des choses était de les noter sur le répertoire de la Mairie. Elle m’a franchement agacé. Qui, dans notre société, à quelques exceptions près, a encore le goût du collectif et du bien commun ?

Nouvelle donne

Cette génération des 55 ans et plus s’est construite dans l’idée selon laquelle information et pouvoir allaient forcément de pair. Le souci est que cette assertion est devenue fausse en grande partie à cause des réseaux sociaux et aussi du fait d’une communication directe des institutions sans passer par la case de médias, réservés désormais aux lecteurs et spectateurs de plus de 55 ans. Si l’État ne déversait pas tous ces millions d’euros pour soutenir une presse ne comprenant rien à cette nouvelle ère collaborative, la PQR et les quotidiens nationaux disparaîtraient en quelques mois à peine. L’équilibre financier se fait toujours à la marge. L’exemple de NextImpact est de mon point de vue tout à fait révélateur : le sursis ne sera hélas que de courte durée.

Informer, communiquer autrement

Au niveau de ma petite commune de Saint-Eloi-de-Fourques, nous communiquons par différents canaux : blog, Facebook, Twitter, Instagram côté réseaux sociaux ; panneau pocket pour les mobiles. A l’occasion du passage à la fibre, j’ai doté la commune d’un téléphone mobile. Il nous permettra de joindre directement les habitants par envoi de SMS grâce à KDEConnect. A l’exception des plus de 55 ans, les publications papier que nous mettons dans les boîtes aux lettres ne sont même plus lus par nos habitants. Le souci de cette communication est qu’elle engage l’image de la commune et peu de personnes sont aujourd’hui capables de rédiger des phrases ou d’écrire sans faute d’orthographe et de ponctuation. Je tiens à préciser que je suis loin d’être parfait sur ce terrain-là, comme vous avez pu vous en apercevoir.

Pour être riche, faites du gratuit !

Dans les années 2000, alors que je publiais régulièrement des chroniques dans 01 Informatique, j’avais écrit un article au titre évocateur : « Pour être riches, faites du gratuit. » Je parlais alors du logiciel libre, du modèle Open Source, de cet nouvel état d’esprit, de tous ces outils. Contrairement à mes autres camarades blogueurs, je n’ai jamais mis de publicité sur ce site. Je n’ai jamais écrit d’articles sponsorisés. Mes articles, mes tutos en accès et téléchargement gratuits sont ma carte de visite, mais aussi ma mémoire. Que valent nos connaissances, nos compétences et autres savoir-faire, s’ils ne sont pas partagés ? C’est la capacité à partager qui fait aujourd’hui la valeur d’un être humain, d’un élu, d’un citoyen, d’un consultant ou d’un salarié.

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