Blogs : mais où sont les commentateurs ?

Où sont les commentateurs des blogs ?Les commentateurs « professionnels » semblent avoir peu ou prou disparu de la blogosphère française. Il y a, sans doute, plusieurs raisons à cela.

  1. Usages

    De nombreux internautes – hier commentateurs – ont trouvé refuge dans les réseaux sociaux, agrémentant de quelques mots les liens qu’ils y propulsent. Dans les usages, le temps passé à lire – ou à déchiffrer – les textes s’est mué en temps à regarder les vidéos.

  2. Entre-soi

    Oubliant les principes de séparation des champs privé et public, de nombreux blogueurs confondent blog et réseau social. Les contenus s’appauvrissent, laissant place à des tranches de vie ou des contenus construits par bribes, dont l’objet principal est de se lier entre blogueurs. La soif de se classer l’emporte très largement sur le souci de produire des contenus de qualité. Les commentaires sont devenus, pour l’essentiel, le fait des blogueurs eux-mêmes.

  3. Modération

    La plupart des blogs sont devenus des outils « professionnels ». Ils garantissent une plus grande visibilité aux sites institutionnels et aux entreprises. Dans ces espaces, il n’y a plus aucune place pour le troll, le commentaire décalé et approximatif, qui fait l’objet désormais d’une modération impitoyable !

  4. Appauvrissement des contenus

    Dans le domaine technique, certains blogueurs vont jusqu’à reprendre, après les avoir traduit par Google Translate, les billets produits sur d’autres sites en langue anglaise. D’autres nous saturent d’infographies, toutes aussi insignifiantes les unes que les autres. Commenter de tels contenus s’assimile une perte de temps.

  5. L’anonymat et la réputation

    Les commentateurs ont compris que l’anonymat était une chimère. Les plates-formes de blogs fournissent désormais des données d’identification tangibles. Du coup, la blogosphère a perdu sa dimension de défouloir, qu’elle pouvait avoir naguère. Compte tenu des performances d’indexation des moteurs, un commentaire malheureux peut entacher la réputation du commentateur, dans une période où le chômage repart à la hausse ! Les entreprises disposent d’outils de surveillance extrêmement puissants. Les salariés le savent.

  6. Nofollow

    Une autre raison à la baisse des commentaires est extrêmement technique. Les éditeurs des blogs indiquent aux moteurs de ne pas suivre les liens inscrits dans les commentaires par la directive nofollow. Cela n’encourage pas vraiment à l’amitié. Un réseau social tel que Twitter est aujourd’hui beaucoup plus efficace pour attirer l’attention d’une personnalité « influente ».

  7. Addendum au 24/1/2012 : francophonie

    Le périmètre récessif de l’utilisation de la langue française ne serait pas propice à l’amitié entre les peuples du Web ! ;+)

  8. Addendum au 24/1/2012 : exponentiation

    Sollicité de toutes parts du fait de l’explosion des publications et l’émergence de nouveaux services, l’Internaute n’aurait tout simplement plus le temps de commenter, comme il aurait pu le faire, il y a quelques années.

  9. Addendum au 24/1/2012 : captchas

    La généralisation de l’emploi des captchas ne serait pas propice au commentaire.

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Commentaires

Il serait dommage qu’un post comme celui-ci ne contienne pas son lots de commentaires non?

Les points que tu soulève sont tout à fait pertinents et méritent d’être diffusés pour essayer de comprendre l’état actuel de l’écriture d’articles et des échanges.

Il est vrai que l’on partage et commente de plus en plus via twitter mais cela n’a dans tous les cas pas la même mesure que les commentaires inline sur l’article. Les messages twitter sont de par leur nature trop limités et c’est bien dommage que cela remplace de fait les vrais commentaires. Sur ce sujet, je vois plus twitter comme un outil de partage d’articles que comme un vecteur de commentaires.

J’ai du mal à penser aussi que les gens utilisaient principalement les commentaires comme un outil de ping back et de lien vers leur site uniquement. Ce serait tout de même dommage et cela biaise énormément l’utilité du commentaire et du partage d’avis.

J’ajouterai juste à cela aussi une exception culturelle française. Je ne sais pas si uniquement par le nombre de lecteurs touchés par un sujet (vs le nombre potentiellement plus grand en anglais) ou si c’est dans nos habitudes, mais globalement, les articles en français sont moins commentés que l’équivalent en anglais. Ca aussi c’est dommage, et cela pousse beaucoup d’entre nous à ne plus écrire qu’en anglais pour espérer avoir plus de retours. Après cela dépend aussi de la finalité de ce que l’on écrit. Si c’est juste pour être « rankable », effectivement les commentaires en local, on peut les filtrer ou ne pas les prendre en compte, si c’est au contraire pour présenter une idée et ouvrir un espace de discussion, on les attends avec impatience ;-)

@rui

Merci de ton commentaire. Il y en aura au moins un. ;+)

Lionel Chollet me parlait aussi de la généralisation des captcha et des mesures anti-spam.

Je ne connais pas suffisamment les pratiques blogosphériques du monde anglo-saxon. Dans ce que tu dis, il y a un aspect intéressant : le périmètre limité de la francophonie !

J’ai vu que certains blogueurs mettaient en lien leur article sur Google Translate. Cela mérite d’y réfléchir. Pour autant, je n’ai pas lu de commentaires supplémentaires, en langue anglaise.

L’explication: les réseaux sociaux et l’abondance de contenu.

Oui, et aussi, de mon point de vue, l’appauvrissement des contenus, comme je le disais dans le billet !

[…] m’étonnais récemment de la baisse du nombre de commentaires dans nos blogs et de la disparition du commentateur. Eric a fait d’ailleurs un très beau billet, comme il […]

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