Des informaticiens dans une très mauvaise PaaS

La très mauvaise PaaSJe n’avais pas revu Maël depuis 14 ans, je crois. Le dernier échange par mail remontait à 2013. Aujourd’hui, il a 40 ans. J’en ai 54. En 2004, après les ajustements des systèmes informatique à l’an 2000 et à l’euro, l’accélération de la mondialisation m’avait contraint à devoir travailler en dehors de ma Normandie natale. Avec la montée des débits Internet, les entreprises ont regroupé leurs infrastructures informatique en dehors de notre région. La destruction d’emplois s’est ensuite considérablement accélérée avec le SaaS proposé par Google et Microsoft, du fait de la saignée opérée dans les services précédemment.

Des PaaS de géants

Hier, nous avons échangé avec Maël sur son métier. En charge de l’architecture des applications, il travaille à l’industrialisation des déploiements de machines et d’applications. Il m’a parlé de bare metal, de provisionning, de containerisation, d’orchestration. C’est quand il a évoqué le nom des produits sur lesquels il travaillait que je me suis senti complètement largué : The Foreman, Packer, Terraform, Consul, Jenkins, Vault. Beaucoup de logiciels Open Source émanant de la société HashiCorp ! Pour la structure où il travaille, l’objectif serait de mettre en œuvre le PaaS. Dans ce schéma, l’entreprise cliente n’a plus à s’occuper de son infrastructure, de ses serveurs qu’elles louent et sur lesquels elles installent les applications dont elle a besoin. Plus besoin de techniciens. Les serveurs se gèrent avec Puppet et Ansible au travers d’interfaces Web qui se chargent de déployer les bases de données, les frameworks nécessaires aux applications.

Mes chers amis, vous l’aurez compris, les entreprises vont se vider de leurs techniciens informatique en sous-traitant auprès de AWS, Google ou Microsoft. Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, qui dispose virtuellement de 168 milliards de dollars devrait continuer de s’enrichir – très inutilement à ce niveau – avec l’argent des entreprises françaises. L’entreprise où travaille Maël ne pourra jamais rivaliser avec les GAFAM !

Un PaaS,  perd et manque!

En 2008, j’ai décidé de me recentrer sur mon métier de DBA. En voyant le tournant pris par les entreprises, je me demande, à terme, ce qui nous restera, sachant que les systèmes et la configuration auront déjà été prédéfinis. Quant à l’exploitation réalisée au travers de la sauvegarde, de la maintenance et du tuning, elle est aujourd’hui grandement simplifiée et rendue quelque peu inutile par la virtualisation, les containers et la généralisation des baies ! Certes, il nous restera encore à former les développeurs au SQL et à l’écriture de procédures stockées, éventuellement. Il faudra bien qu’ils soient en capacité d’optimiser le code avec l’augmentation de la volumétrie. Il nous restera aussi à former les utilisateurs à la création des cubes (et encore, ils sont souvent prémâchés !) et aux outils de reporting. Ne nous éloignons pas trop des utilisateurs ! Côté des techniciens du Cloud, il y aura tout de même la nécessité de les former de plus en plus aux systèmes Linux, au fonctionnement des serveurs d’applications (Apache, Nginx, Tomcat), aux langages de scripting (Bash, PowerShell et Python) ainsi qu’à la sécurité informatique.

Bref, hier,  j’en ai pris un coup derrière la calebasse ! Et Maël n’y est pas pour grand chose. Nous étions des artisans. L’informatique s’est industrialisée. Quelle sera notre place dans ce nouveau monde ?

Infrastructure  / Emploi PaaS Saas 

Commentaires

Bon article, et pour en rajouter une couche, c’est sans compter l’IA qui devrait également alléger les effectifs dans ces domaines.

@sticky-fingers

Maël parle aussi de Machine Learning. Et, merci !

J’ai eu la chance de travailler en Moa Bancaire, les softs y sont si spécifiques, sécurisés et complexes que cela en fait un domaine qui reste attractif. Il y reste tant de mainframe et d’Unix propriétaires sans compter les soft devellopes en assembleur que le fait de passer sur les nouveaux outils ne serait tout simplement pas possible, les études à mener en amont seraient trop coûteuses et les coûts de développement gargantuesques. Enfin, les normes de sécurité exigées sont si élevées qu’il me semble impossible de passer par du logiciel libre.

@Thierry

Je parlais des logiciels qui servaient à déployer une infra de type bare metal.

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