Oracle : l’insulte faite aux DBA

Comme vous le savez peut-être, je suis DBA Oracle de formation. Par la richesse fonctionnelle qu’il propose, ce moteur de bases de données relationnelles est le plus abouti de ce qui peut exister aujourd’hui sur le marché. Pour autant…

Un racket organisé

En 2015, Oracle a changé son mode de licence, en demandant de comptabiliser tous les processeurs d’une ferme de serveurs Vsphere, même si le moteur de bases de données n’en consomme qu’un seul. Autrement dit, lorsque vous garez votre voiture sur un seul emplacement de parking, vous devez payer les places inoccupées. L’objectif d’Oracle est d’inciter ses clients à revenir à une solution embarquée d’obédience nuagique, entièrement propriétaire. Dans le foulée, Oracle a arrêté la version XE et a doublé le prix des licences sur AWS. Pourquoi ?

La raison en est très simple. Lorsque vous mettez Oracle dans une architecture virtualisée sur une baie, vous ne verrez plus guère de différence entre MariaDB, PostgreSQL, SQL Server ou Oracle Database. C’est la performance de la baie qui fait la performance de la base de données ! Dans ce contexte, de grands clients « historiques » d’Oracle   comme la CNAM ont décidé de migrer vers PostgreSQL. Même, sur de simples machines dotées de disques SSD, les différences ne sont plus aussi significatives. L’évolution matérielle aura eu raison de l’avantage comparatif qu’offrait jadis la mise en oeuvre d’une base Oracle.

La bête qui sommeille en nous

La majorité des grands comptes sont tenus par leur promiscuité entretenue avec l’éditeur qui les oblige à chercher un sens au racket qu’ils subissent. Au pire, certains – à l’image du CIGREF – se mettent en colère, n’acceptant pas à être de nouvelles victimes du syndrome de Stockholm. Cette promiscuité a cet avantage de faire vivre toute une faune de consultants et de formateurs pinailleurs et arrogants dont l’intérêt est de continuer à vous assener la bonne parole, en attendant paisiblement une retraite bien méritée. Tous ces gens n’ont toujours pas compris que nous avions changé d’époque. Ils sont restés dans l’empreinte d’un passé en manque de devenir. Et, ils auront beau continué à expliquer à la terre entière que le moteur de bases de données d’Oracle est le meilleur au monde, je pense qu’ils finiront  par perdre le peu de crédibilité qu’ils leur restent encore. 

Oracle aux abonnés absents

Comme tous les empires, celui d'Oracle est condamné à disparaître.Il n’y a plus de formation en France où vous passerez 15 jours à vous former à Oracle, sachant qu’en 5 jours, vous aurez  déjà une réelle capacité opérationnelle à administrer SQL Server, MariaDB ou PostgreSQL. Les formations DBA financées par les régions françaises en charge de la formation professionnelle se sont peu ou prou arrêtées au milieu des années 2000. Et dans celles qui nous restent censées former à ce beau métier de DBA, il n’y est désormais plus question d’Oracle. Ou quand on en parle, il s’agit de « trois petits jours et puis s’en vont« , au cours desquels vous devez expliquer l’architecture d’une base Oracle ! Je me souviens du peu d’intérêt qu’avaient pu susciter mes cours de SQL sur Oracle en 3e année de l’HETIC, où la moyenne générale atteignait péniblement les 9 sur 20. Il faut dire que la plupart d’entre eux confondaient SQL et MySQL. Malgré mes explications, certains étudiants n’avaient toujours rien compris.

Plus besoin de DBA ?

Oracle est d’une complexité sans nom. Et il y a quelques années, nous apprenions que 60% des entreprises utilisant Oracle avaient au moins une fois perdu leurs données. L’heure est à la recherche de simplicité et c’est pourquoi, dans une dernier râle, Oracle propose désormais des bases auto-administrables, sans DBA

Le DBA ne servirait donc plus à rien. C’est évidemment totalement faux. Depuis plusieurs années maintenant, je forme à tour de bras les techniciens d’exploitation, les administrateurs système et réseau sur SQL Server, MariaDB et PostgreSQL. Il n’y a jamais eu autant de bases de données relationnelles dans les entreprises françaises. Le racket perpétré par Oracle, la montée en puissance des bases de données relationnelles Open Source et concurrentes, le changement des architectures matérielles auront raison d’Oracle, bien avant qu’Oracle ait raison des DBA. Comme tous les empires, celui de Larry Ellison et sa bande de « gangsters » est simplement en train de s’effondrer. Nous allons enfin tous mieux respirer et l’innovation va reprendre sa grande marche en avant. 

Base de données  / Formateur MariaDB Formateur Oracle Database Formateur PostgreSQL Formateur SQL Server MariaDB Oracle Database PostgreSQL SQL SQL Server 

Commentaires

Il y a aussi un point important dans le modèle économique d’Oracle : le coût des licences est « plus » attractif quand on décide de s’héberger sur leur propre plateforme Cloud. Eh oui, ayant vu le succès de Microsoft et d’Amazon, Larry veut jouer dans la même cour et donc tabasse ceux qui voudraient s’héberger chez la concurrence, tout en les draguant avec des tarifs « raisonnables ». Mais ta conclusion reste correcte, et le constat est là, ça ne fonctionne pas fort, et il est possible (et même souhaitable diront certains) qu’Oracle disparaisse, du moins le sgbdr.

Même constat partout, bien explicité.

Pour rebondir sur le commentaire de Seboss666, certains hébergeurs locaux arrivent à faire aussi du IaaS spécialisé pour des bases Oracle à des tarifs « relativement » compétitifs. Entendez par là 2 fois plus cher qu’une VM normale, mais dont vous avez l’autorisation de ne licencier que le nombre de cœurs utilisés. C’est est une immense source d’économie par rapport à acheter un cluster de machines physiques juste pour Oracle, mis à part du reste de l’infra.

Comment ces hébergeurs négocient ils avec Oracle le droit de fournir ce service ? Très simple, il faut prendre toute la stack => l’hyperviseur OracleVM bien sûr (un Xen mal packagé), mais aussi le matériel (hé oui Oracle fait des serveurs) ! Et bien sûr, ce n’est pas donné ;).

Et pour finir, si je ne dis pas de bêtises, un client final qui ferait sa virtualisation avec OracleVM (le pauvre) peut licencier les bases Oracle au cœur utilisé.

@Seboss66 @Zwindler

Merci, sincèrement, pour vos commentaires. Ils illustrent – pour ceux qui en douteraient encore – que nous pouvons être aussi des professionnels de l’informatique, tout en étant des passionnés de logiciel libre. ;+)

si je me souviens bien des cours Oracle, nous eûmes expliqué comment créer des bugs pour justifier le poste de DBA…

@Vincent

Qui vous a donné de tels cours ? En tout cas, me concernant, je n’ai jamais professé, ni enseigné de telles âneries.

Bonjour,

Le fond du message est juste (les politiques de licensing des gros editeurs comme Oracle) mais malheureusement il y a beaucoup de choses fausses dans ce post.
– l’exemple du parking. On parle ici d’achat de licence. Ce ne peut pas être comparé à une location de place de parking, mais plutôt à l’achat du terrain. Et là, oui, si vous voulez pouvoir vous garer sur n’importe quelle place il faut acheter la totalité. Même si la base oracle ne tourne que sur une VM, la possibilité de la faire tourner ailleurs (pour load balancing, haute dispo,…) se paye. L’equivalent de la place de parking existe et c’est pour celà qu’il y a des services cloud, où on ne paye que les CPU utilisées.
– le mode de license sur VSphere n’a pas changé. Les règles ont toujours été les mêmes: partout où la VM peut tourner. Certains hyperviseurs sont acceptés pour limiter (Oracle VM, LPAR, Solaris Zones…). Malheureusement pas VMWare (à moins de pouvoir vraiment justifier d’une isolation network et storage)
– Oracle XE n’a jamais été arrêté. C’est une version gratuite, donc sans ‘softare update’. Le dernier XE est 11.2.0.2, pas si vieux vu que la plus grande partie des bases de prod est encore en 11g. Il va y avoir un XE 18c dans quelques mois. Et une release tous les ans. Avec plus de fonctionnalité. Dispo sur Docker… donc rien d’arrêté, bien au contraire
– « C’est la performance de la baie qui fait la performance de la base de données ». Non, la partie I/O n’est qu’une très faible partie. Les lectures bénéficient de cache et de prefetch. Les écritures sont asynchrones pour la plupart. Tout se joue en CPU, en concurrence d’accès, en accès mémoire optimisés. Et c’est encore plus le cas depuis quelques années vu la diminution des latences I/O. Le bottleneck n’est plus là depuis longtemps. Les avantages performance d’Oracle sont dans l’optimiseur de requêtes (curseurs partagés, nombreuses transformations), le parallélisme/partitionnement, les opérations online, les lectures non-blocantes, l’undo optimisé, le recovery jusqu’au niveau bloc,…
– personne n’a dit que le DBA ne servait plus à rien. Le rôle change, oui bien sûr. On ne va pas passer son temps à patcher, et augmenter des tablespaces. C’est à ça que servent les features qui sont regroupées sur le terme marketing ‘autonomous’.

Bien sûr il y a plein d’alternatives Open Source et tant mieux. Mais beaucoup d’éditeurs de logiciels se sont piégés eux-mêmes, en négligeant le design des applications. On paie Oracle parce qu’il y a un optimiseur qui arrive à faire avec des application dont le design n’est pas performant du tout. Si on accepte de concevoir des application en pensant à la performance et scalabilité, il y a beaucoup d’alternatives. Et Oracle en profite, sachant que beaucoup d’applications ne peuvent pas tourner ailleurs sans un re-design complet. Mais on peut aussi développer des applis très puissantes en standard edition, pour un coût relativement faible.

C’est bien de regarder les alternatives et d’éviter d’être prisonnier d’un vendeur. Mais si on se base sur de mauvais arguments, on risque de continuer à faire les mêmes erreurs. C’est bien de promouvoir les bases Open Source. Mais plutôt que de dénigrer un soft qui fait marcher les applications les plus critiques depuis 30 ans, il serait préférable de mettre en avant les avantages de l’Open Source. Et il y en a beaucoup (transparence, communauté, évolution très rapides pour certains projets,…).

Cordialement,
Franck.

@Franck

1. L’analogie avec les places de parking vient des commerciaux qui vendent Oracle Database. Et je n’ai pas, autant d’imagination !

2. Il n’y a pas d’Oracle XE 12c. Le produit a été arrêté ! C’est un fait. Après, vous pouvez m’expliquer que la réalité n’a pas eu lieu.

3. Avec des CPUs dédiés, avec un cache dantesque, des accès 10 Gbits, vous me dites que ce n’est pas la baie qui fait la performance ??? Je pense que nous ne vivons pas dans le même monde. Si j’étais un peu piquant, je vous recommanderais de monter en compétence sur le système, le réseau et le stockage. Etre DBA, c’est aussi avoir de solides compétences techniques dans ces domaines ! Je peux pas vouslaisser dire qu’un moteur de bases de données, c’est du CPU. C’est avant tou du disque et de la RAM.

Vous faites de la retape pour Oracle et le logiciel propriétaire. C’est votre droit le plus strict. En ce qui me concerne, je n’ai pas de chapelle. J’ai été formé sur Oracle en 1988-89. J’utilise ce moteur sans interruption depuis la version 6. Pour autant, je travaille sur SQL Server, PostgreSQL et MySQL/MariaDB. Moi, je suis aware comme Jean-Claude. Vous, vous vous vendez comme un expert Oracle. La majorité des installations de bases Oracle concernent des logiciels applicatifs pour TPE et PME. Oracle va disparaître quand je serais en retraite, dans une quinzaine d’années à peine. Je crains que vous n’apparteniez à l’ancien monde.

Cordialement !

Denis.

NB Si vous voulez continuer à bosser dans la base de données, je ne saurais trop vous conseiller de vous initier à SQL Server, PostgreSQL et un peu de NoSQL.

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