La mort de la micro : le débat qui en cache un autre !

Un texte qui fut proposé à Corinne Zerbib, le 21/12/2000, alors en charge des pages Carte blanche à 01 Informatique ! C’était rugueux.


Dans la presse, cela s’appelle un marronnier. Dans le petit monde des informaticiens heureux, ce thème est devenu, pour beaucoup, un grand sujet de conversation sur les technologies de demain, pour d’autres, une source d’inquiétudes, une nouvelle passion, un projet, une réalité ou bien, pour les nostalgiques de la console passive, le temps de la revanche.

Une évolution très rapide.

L’essor de la micro dans les années 80-90 s’est adossé à l’utilisateur qui a pu ainsi trouver un espace de liberté et de créativité qu’il n’avait jamais pu obtenir de directions informatiques par manque d’outils et de volonté. Ce modèle a engendré une forte contre-productivité : politique d’achats isolés, coût de possession unitaire excessif, redondance du travail. La phase suivante s’est concrétisée par la généralisation du réseau local et de l’architecture client-serveur. Pour survivre, les éditeurs et les informaticiens ont dû alors s’adapter à la pression des utilisateurs. Le PC est devenu incontournable.

La révolution Internet

Consacré par la prise de conscience tardive de Bill Gates, Internet est venu à ce point perturber la donne que certains acteurs arrivent à peine à qualifier ce que recouvre d’un point de vue sémantique l’architecture client-serveur. Avec la télédistribution d’applets Java et de contrôle ActiveX sur le poste client, les technologies client-side autour du navigateur ont brouillé les cartes. Le navigateur est devenu la fenêtre applicative de l’utilisateur.

Question de barycentre

La standardisation des technologies de scripting autour des serveurs Web (technologies server-side) et le groupware consacrent définitivement Internet dans l’entreprise. Certaines personnes se croient même autoriser à nous annoncer que les pères-géniteurs de la micro sont morts. Location d’applications, PGI (progiciels de gestion intégrée), place de marchés, externalisation massive, généralisation de l’Internet haut-débit sont-ils les signes avant-coureurs de la mort annoncée du micro ? Pas si sûr. Linux, Windows 2000, les architectures multiprocesseurs permettent aujourd’hui aux PC de se transformer en véritables serveurs d’entreprise. De quoi convaincre les plus résistants !

Un discours idéologique

Internet est devenu, sans contestation possible, le vecteur principal de la globalisation des échanges économiques. L’actionnaire, par essence, amoral, c’est-à-dire par delà le bien et le mal, voit dans toutes les nouvelles technologies un moyen d’augmenter son taux de profit. Aujourd’hui, ce qui est contestable dans le discours ambiant, derrière une prétendue objectivité techniciste, c’est qu’il ne se justifie que par la seule recherche de la satisfaction de l’actionnaire. Tous les autres aspects liés à l’informatique tels que la liberté, la créativité, l’expression du salarié, la réalisation personnelle sont relégués aux allées du musée Grévin. Je me souviens de mes professeurs d’économie. Tous ceux qui se prétendaient objectifs étaient de furieux néo-libéraux. Il est étrange que le discours technique se plaque sur un cycle qui est aussi celui de l’actionnaire. Croyez-vous que ce cycle soit bien celui d’une invention telle que le micro-ordinateur qui appartient désormais au champ du corps social ?

Rétrospective  / 01 Informatique Corinne Zerbib Luc Fayard 

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