Les curieux experts du Gartner Group

Dans son article relatif au poste de travail du 10 mars 2006, LMI (Le Monde Informatique) par la signature de Marie Caizergues semble suivre les conclusions d’Annette Jump, l’analyste senior du Gartner Group. Je voudrais, avant de m’intéresser aux questions de fonds soulevées par l’article, faire remarquer un problème de forme.

Les chiffres de l’écrasante domination de Microsoft sont réalisés sur les participants au dernier symposium de Cannes. Deux remarques. En France, la structure des entreprises et de l’emploi salarié s’appuie sur 98% de PME et TPE De moins de 50 salariés. Compte tenu de la nature des participants, pour l’essentiel des entreprises internationales du secteur des NTIC, les chiffres produits ne sont donc ni transposables ni applicables aux entreprises françaises et de façon générale aux entreprises utilisatrices. Deuxième remarque. Les entreprises agissent dans le secteur marchand et vendent des produits marchands. Comment, dans ces conditions, peut-on mesurer le poids des technologies non-marchandes ? Cela frise le ridicule.

Sur le fond maintenant et sur les propos d’expert d’Annette Jump, plusieurs points méritent d’être corrigés, voire démentis. Première affirmation :  » Si une entreprise adopte Linux, elle devra installer une distribution liée à une assistance technique, ne serait6ce que pour les mises à jour de sécurité« . Il semble que l’expert sollicité par LMI ne connaisse rien à Linux. Les mises à jour de sécurité sont déjà intégrées à Linux. Yum pour Fedora, urpmi pour Mandriva, apt-get pour Debian et Ubuntu, emerge pour Gentoo, Pkgtools pour Slackware permettent de mettre à jour les distributions de façon quotidienne. Quant à l’assistance technique, elle existe, pour chacune des distributions, sous forme de Wiki, Faq et HowTo. L’informaticien n’est plus un consommateur ; il est un acteur de l’informatique. Mais, au fait, n’est-ce pas son rôle ?

Deuxième affirmation : « Toutes les applications maison développées pour Windows devront être récrites pour Linux« . Depuis l’avènement du Web, les langages sont devenus multi-plateformes : Java, Php, .Net (Mono), Perl, Python, Ruby. La liste est longue. Cela signifie que les langages ont cherché à s’isoler des systèmes par la mise en œuvre de frameworks. Quelle est la part de ce qui reste propriétaire ? Où sont les chiffres ? Puisque nous sommes dans l’approximation la plus totale et dans l’affirmation péremptoire, je peux aussi affirmer qu’elles sont peu nombreuses. Cela ne coûte rien.

Troisième affirmation :  » Dans un environnement Microsoft, les employés, mêmes non informaticiens, n’ont pas besoin de formation pour utiliser leur poste de travail …. » Sans formation, l’utilisation des principaux logiciels diffusés par Microsoft, du fait de l’enflure fonctionnelle proposée, devient contre-productif ou rend l’utilisateur sous-productif. Combien de personnes utilisent le mode plan et les styles sous Word ? Combien de personnes savent lier des formules entre feuilles de calcul ? Là où je rejoins l’expert du Gartner, c’est qu’il faut faire une différenciation entre les utilisateurs. Les jeunes utilisateurs s’adaptent plus vite et connaissent mieux les fonctionnalités logicielles. Cette compétence leur permet de s’adapter plus vite à un environnement tel qu’OpenOffice qui est extrêmement proche de la suite Office de Microsoft.

Quatrième affirmation : « De même, passer à un substitut d’Office génère des problèmes de compatibilité. » Ces problèmes de compatibilité sont devenus très marginaux. Ils touchent principalement à certaines macros et à certains types de mise en forme. Même si, sur le plan quantitatif, ils revêtent un caractère marginal, le caractère stratégique de certains documents peut faire hésiter à migrer compte tenu de coûts supplémentaires à les adapter à une nouvelle plate-forme. Je crois que, dans la plupart des cas, ils justifient le conservatisme et l’immobilisme.

Cinquième affirmation :  » les grands comptes ont une relation commerciale de longue durée avec Microsoft. » On touche le cœur du sujet. Les directions et les Dsi notamment des grands comptes sont en panne. Panne de l’imagination. Panne de la créativité. Incapacité à absorber culturellement la diversité offerte par l’ Open Source. Peur du changement. Il existe un parallèle entre la problématique de l’énergie et celle de l’informatique. C’est lorsque le coût de l’énergie augmentera que l’on mettra en œuvre les solutions les plus innovantes et efficaces. L’utilisation des profits de Microsoft qui, pour l’essentiel, sont distribués aux actionnaires n’est pas de nature à pousser l’innovation. Les stratégies de croissance externe et la multiplication des brevets montrent les dangers de la concentration. Il est temps de changer. Compte tenu de la maturité des plates-formes gratuites, c’est une simple question de volonté.

Perspective  / Gartner Group LMI 

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