Les EPN condamnés à disparaître ?

A la lueur d’un article de Hubert Guillaud publié dans internetACTU.net, je voudrais prolonger la réflexion que j’ai entamée en juin 2012 autour de la question de l’avenir des espaces numériques publics et associatifs.

Des EPN en perte de vitesse

Les EPN en perte de vitesse ?Il y a aujourd’hui beaucoup de raisons à la perte de vitesse des EPN. J’avais évoqué l’augmentation du taux d’équipement en ordinateur(s) et la généralisation des accès Internet chez les particuliers. Ajoutons-leur aujourd’hui la massification en cours de l’usage des smartphones et des tablettes. La fulgurance de la progression des usages numériques dans nos vies a eu pour effet de révéler la faiblesse – relative – des compétences techniques des animateurs des EPN. La destruction des formes de médiation liées à un accès plus facile à la connaissance du fait de la généralisation d’Internet aura en partie renversé la présomption d’incompétence entre l’animateur et l’usager. Faute de formation(s) solide(s), ils n’auront très souvent servi qu’à accompagner la consumérisation de l’IT, en s’appuyant sur des logiciels propriétaires que les usagers étaient par ailleurs obligés de pirater. Je pense à des logiciels comme Adobe Photoshop ou Microsoft Office. La plupart des EPN sont, de mon point de vue, passés à côté d’un message en faveur de l’usage des logiciels libres, s’inscrivant dans la tradition des mouvements d’éducation populaire ! Ils ont failli.

Réponses à de fausses solutions

En lisant avec attention le texte de Hubert Guillaud, j’ai été proprement abasourdi que l’une des pistes proposées pour revitaliser les EPN était de former les usagers à l’emploi de leurs tablettes. Quel intérêt peut-il y avoir à dispenser des formations à l’utilisation d’objets qui ne nécessitent aucune compétence particulière… ou presque ? Tout cela est parfaitement absurde !!!  Je n’évoquerai pas le délire, au travers de la mise en œuvre improbable  de Fab Labs, à nous réinventer un nouveau mythe prométhéen.

La disparition des EPN n’est pas une fatalité. Il faut, de mon point de vue, très rapidement envisager la constitution d’une association nationale des animateurs du numérique ouverte aux salariés du public et du privé. L’objectif serait de renforcer la mutualisation des compétences par la mise en œuvre d’un réseau social dédié aux animateurs des espaces numériques publics et associatifs. Une telle association pourrait servir également à la diffusion de « bonnes pratiques » et d’activités ou animations innovantes, permettant de s’adapter à une demande en constante évolution.

Le 2e axe pour éviter de voir disparaître les EPN – dans un contexte financier extrêmement tendu pour les collectivités qui les financent – serait de sortir les EPN de leurs murs. A quoi servent des salles informatique inoccupées et coûteuses à renouveler ? Ce n’est plus aux usagers d’aller s’enfermer dans une salle informatique ou une médiathèque. C’est aux animateurs désormais d’aller se projeter, munis d’un routeur et d’une connexion 3G, dans les communes du territoire sur lequel ils sont aujourd’hui missionnés.

Il faut également privilégier l’événementiel face à la récurrence et accompagner les projets numériques locaux non marchands. J’avais eu l’occasion de développer ce dernier point dans mon article de juin 2012.

Crédit photos : Manche numérique, Aprobar o aprender

Perspective  / EPN Open Source