Qu’est-ce qu’un Linux Users Group?

A l’occasion d’une vive polémique entre deux lugs rouennais à laquelle je me suis invité, il convient de préciser un certain nombre de points. Au travers des différents échanges que j’ai pu avoir avec les uns et les autres, plusieurs visions me sont apparues. Elles sont difficilement conciliables. Il y a donc nécessité de rechercher une nouvelle voie.

1. Le texte de Kendall Grant Clark

La première vision est historique. C’est celle développée par Kendall Grant Clark en 1988 au travers d’un document qui fait toujours autorité, traduit par Arnaud Launay. A l’époque, il s’agissait de développer un mouvement communautaire visant à la prise en charge du support et de la formation des utilisateurs Linux, défini par K.G. Clark comme une implémentation Unix à distribution gratuite. Du même coup, constatons que Bsd entre de facto dans le champ de cette définition. Certaines distributions supportées par certains Lugs ne peuvent plus être distribuées gratuitement. Au passage, notons les contradictions d’éditeurs de distributions Linux, qui, tout en se revendiquant GPL [1], trouvent de savants stratagèmes pour ne pas permettre leur distribution gratuite. C’est en complète contradiction avec les termes même de la licence.

Depuis 1998, de nombreuses sociétés, SSLL [2] ou non, et des éditeurs proposent désormais le support qui n’existaient pas au temps de la vision originelle de K.G. Clark. Deuxième Souci : certains Lugs devenus GULL ne font même plus référence explicitement dans leurs statuts au système Linux. C’est notamment le cas de Parinux et de Rotomalug. Certains Lugs font désormais la promotion de logiciels GPL ou OSD [3] sur les plates-formes Windows. Si, du point de vue de la GPL, il n’y a pas de problèmes particuliers, le problème reste entier du point de vue de l’OSD. En effet, sous Windows, l’utilisation d’un logiciel est soumis à l’acquittement préalable de la licence du système. Dans ce cadres, le principe de libre distribution peut être considéré comme non applicable !

2. Qui homologue les Lugs ?

Dans la période récente, le Lug de Jimmy Pierre, Nui.Fr, a cherché à apparaître sur le liste des Lugs nationaux Interlug gérée par l’Aful [4]. Or l’Aful, in fine, a considéré que Nui.fr n’était pas un Lug et, par conséquence, n’avait pas vocation à figurer sur Interlug. Quels sont les critères pour figurer sur Interlug ? Au travers d’un échange de mails avec Alix Guillard et Camille Moulin, membres de l’Aful, plusieurs éléments sont apparus.

Le Lug doit être une association. Or cette notion franco-française est inexistante dans le document de K.G. Clark. Il doit être reconnu par ses pairs. Le problème est que les relations entre Nui.fr et Rotomalug bonnes dans un premier temps se sont fortement tendues. Malgré toutes ses qualités, le Président de Rotomalug est-il alors le mieux qualifié pour donner son avis circonstancié à l’Aful sur un autre lug ? Sur quels critères ? La cooptation en terme de transparence est sans doute le plus mauvais de tous les systèmes. Au niveau des États-Unis, du Canada, est Lug tout groupement d’utilisateurs qui s’autoproclame en tant que Lug. Le système n’est pas vraiment beaucoup mieux et on imagine assez bien les dérives. Toutefois, en l’absence de critères explicites, c’est sans doute le moins mauvais de tous les systèmes.

Au travers de cet exemple, se pose clairement le rôle de l’Aful. Est-elle une autorité francophone de régulation sur l’ensemble des Lugs ? Les Lugs français sont-ils prêts à l’accepter ?

3. Les risques de la dérive affairiste

Sans chercher à mettre en cause qui que ce soit, les relations des Lugs avec le monde des affaires doivent être précisées et clarifiées. Le document de K.G. Clark reconnaît aux Lugs la fonction de coordination des consultants. Dès lors, se posent à nouveau les questions relatives à la transparence. Le Lug a-t-il vocation à gérer des annuaires et/ou se comporter en apporteur d’affaires, voir en GIE ? Le Lug est-il compétent ? L’imbrication des Conseils d’administration des Lugs avec le monde professionnel n’amène-t-il pas à terme des risques de dérive affairistes en contradiction avec l’esprit du logiciel libre cher à Richard Stallman ? Depuis 1998, la donne a changé : le marché s’est structuré. Pour ma part, en l’absence de transparence une fois de plus sur cette question et d’existence de critères précis, je conteste aux Lugs ce rôle qui n’a plus de raison d’être.

4. Un besoin de clarification

Le document de K.G. Clark me semble très partiellement adapté au contexte français d’aujourd’hui. Son caractère historique en fait un document, de mon point de vue, obsolète.

S’il ne fait de doute à personne que le Lug doit être une association loi 1901 à caractère non lucratif, son objet reste à préciser. Pour ma part, je propose plusieurs axes :

Dans le même temps, les problèmes mis au grand jour par la polémique des Lugs rouennais montrent la nécessité de déterminer des règles sur la qualification des Lugs par une autorité indépendante autour des axes suivant :

Il nous reste à en discuter tous ensemble sans ostracisme afin de concourir à la promotion de Linux et des logiciels libres qui lui sont associés ! Cette réflexion peut y contribuer.

Notes

[1] GNU Public Licence
[2] Société de Services en Logiciels Libres
[3] Open Software Description
[4] Association Francophone des Utilisateurs de Linux et de Logiciels Libres
[5] Berkley Software Distribution

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