Des cheveux blancs dans l’informatique

A 56 ans, j’ai fait le choix délibéré de rester dans le cambouis informatique. Et j’aime ça ! Cela fait 30 années révolues que j’exerce professionnellement, avec la même passion, dans la base de données, les systèmes, le réseau, les architectures LAMP et la sécurité informatique, en tâchant de maintenir un haut niveau de compétences dans tous ces domaines. Faute de temps de cerveau disponible, j’ai peu ou prou abandonné les technologies de développement, sur lesquelles j’avais longtemps exercé : C, Pascal, Delphi, VB.Net et C#. Il m’était humainement impossible de maintenir mes connaissances en ajoutant ces langages à une liste de sujets déjà fort étendue ! Je serais passé pour le guignol de service.

Des cheveux blancs dans l'informatique

En regardant les personnels des services informatique des entreprises où j’interviens, j’observe les conséquences du vieillissement de la population active, provoquée par le rallongement des années de cotisations pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein. La 1ère est que l’expertise combinant la compétence informatique et la connaissance des métiers de l’entreprise est concentrée dans quelques mains seulement, celles des plus vieux. Certaines entreprises du coup préfèrent externaliser tout ce qu’elles peuvent, conscientes de leur fragilité s’il venait la mauvaise l’idée à leurs cheveux blancs  de casser leur pipe. C’est en grande partie à cause de ce risque que bon nombre d’entre elles ont troqué leurs applications maison pour des ERP. Cette perspective de dépendre de l’expertise de quelques uns les aura également précipitées dans le Cloud et vers le SaaS, au risque invraisemblable de se faire piller leurs données et de perdre leurs parts de marché. Conséquence : un jeune ingénieur exerçant dans le secteur du système et réseaux est bien moins payé qu’un couvreur au même âge !

Depuis 2005, l’État et les régions ont arrêté de financer des formations à l’administration des bases de données. Avec la gestion du stockage et la messagerie, c’est à mon sens les activités informatique les plus critiques dans les entreprises, les compétences pullulant dans les domaines du développement et de l’administration système et réseau. Et ce sont dans ces secteurs les plus « stratégiques » qu’on voit également le plus de cheveux blancs. Comme le moment est particulièrement tendu sur le plan économique, faire le choix de doubler des salariés pendant plusieurs mois, voire plusieurs années en vue de la transmission des compétences est relativement inenvisageable sur le plan financier. D’autant que nos dos blancs ont fait souvent le choix de se rendre indispensables, sans prendre le temps de documenter sérieusement leur activité, qui consiste surtout à complexifier très inutilement leur travail ! Je constate hélas, souvent par mimétisme, le même type de comportement chez des jeunes qui ont peur de perdre leur emploi.

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