Salut, Manu.

Salut, Manu.

Tu vois, ce soir, quand Fabien m’a appelé, j’ai cru que c’était pour du boulot. J’allais retravailler pour le CESI. J’allais te revoir. Et puis, très vite, dès les 1ers mots, l’intonation m’a fait comprendre qu’il s’agissait d’une catastrophe. Ce soir, je ne suis pas d’humeur badine. Je pense à tes enfants et à Carole. J’imagine à peine la violence du choc que représente ta disparition si soudaine.

Nous nous sommes rencontrés, il y a une vingtaine d’années, au CESI. Nous étions, souviens-toi, les deux chevelus de service. Très vite, le courant est passé entre nous. Nous nous chambrions sur Windows et Linux. Ni l’un, ni l’autre n’étions des ayatollahs de notre « camp ». J’utilisais Windows. Tu utilisais Linux. Face à toi, je me sentais tout petit. Tu savais tout faire : de l’informatique, de la musique, du surf. Tu avais ce que nous n’avions pas.

Nous partagions, avec d’autres, avec Belkacem, cette passion de transmettre. Nous étions des médiateurs, des passeurs de savoirs. De nous tous, tu étais de très loin le plus doué. Tu savais tout faire.

Jamais, je ne t’ai vu t’énerver. Tu étais toujours juste dans tes jugements. Rigoureux, ferme, professionnel. Tu nous auras tous marqués de ton empreinte indélébile et ta disparition est une perte incommensurable pour tes proches. Quelle belle personne faisais-tu ! De celles, tu sais, qu’on ne compte que sur les doigts d’une main dans toute une vie.

J’aimais ton rire généreux, à l’envers de cette ironie des pisse-froid qui ont colonisé le monde. Tu étais un survivant des temps jadis. Tu as été pour beaucoup des stagiaires que tu as formés un modèle, une boussole. Nous avons souvent ensemble discuté de tout et de rien. Je sentais en toi cette passion de la vie, cette force vitale qui caractérise les grands bonhommes. Tu n’étais pas du genre à te montrer, comme nous avons parfois cherché à le faire. Tu étais là, avant tout, pour les autres.

Ce soir, ta mort, Manu, me plonge dans une tristesse infinie. J’en pleure de chagrin. Je n’arrive pas à me consoler de ne pas avoir pris le temps de te revoir, de te parler, de t’entendre rire à gorge déployée. Ah oui, qu’il était bon d’entendre ce rire profond et je pense, vois-tu, que ta voix, ton humour, tes mots souvent apaisants ne me quitteront jamais. Sache qu’ils ne nous quitteront jamais, qu’ils ne quitteront pas les milliers de stagiaires à qui tu as appris à être avant de paraître.

De tout et de rien /