Informatique : la fin du mythe prométhéen

La logique du toujours plus qui a envahi tous les étages de notre société a très largement contaminé le monde informatique, le logiciel et les systèmes d'exploitation en particulier. Le surplus de puissance de nos machines qui répond à la logique de la loi de Moore est absorbé par l'inflation fonctionnelle des logiciels que nous utilisons. Les Widgets sous Windows et Internet, les applets sous Linux consomment une quantité de mémoire, d'énergie et de puissance toujours plus grande, amenant à privilégier l'accessoire à l'essentiel. La loi de Moore ne peut pas se comprendre sans la loi de Wirth qui nous dit que "le logiciel ralentit plus vite que le matériel n'accélère".

Des images de la terre vues de nos machines !

Or, aujourd'hui, nous touchons à nos limites et il est grand temps aussi, en informatique, de les penser afin de repenser l'informatique d'aujourd'hui et de demain. 1ère observation. Au rythme où nous prélevons les matières premières, les géologues nous prédisent, par exemple, la fin de l'étain en 2028 (dans 10 ans) et celle du cuivre en 2039 (dans 20 ans). Ces données sont issues de l'USGS, c'est-à-dire le service géologique des Etats-Unis. Elles sont purement indicatives. Au rythme effréné où nous les consommons, malgré la crise en cours très largement liée à la raréfaction des ressources et des énergies fossiles, le recyclage de nos déchets électroniques ne suffira pas à continuer d'accroître indéfiniment la production et la consommation de machines sur-puissantes. 2ème observation. Les fabricants, dès l'émergence de la micro-informatique, ont pris pour habitude de se différencier tant au niveau des châssis que des formats utilisés par les logiciels. Dans la mesure où il faudra organiser une très forte industrie de la réparation dans les années qui viennent, il faudra privilégier le plus possible le standard face au "propriétaire". Sur le plan de l'interopérabilité, là-encore, le choix du "propriétaire" doit être combattu avec une grande détermination comme l'ont déjà entrepris de très nombreuses administrations dans le monde entier. On comprend bien que l'enjeu dépasse très largement la sempiternelle querelle des pro Linux et des anti Microsoft. Nous n'en sommes plus au temps où nous prenions bon temps à nous distraire ! 3ème observation. Le choix de cloud computing semble une solution déraisonnable. En région parisienne, par exemple, le réseau RTE n'est plus en mesure de distribuer le courant à de nouveaux datacenters, du fait du manque de transformateurs et de problèmes d'espace. Du coup, tous ces loueurs de machines se jettent sur les espaces disponibles en province. Privilégiant leur propre croissance, les fournisseurs d'accès Internet ont délibérément fait le choix de brider les débits montants (upload). D'autres pays - et notamment les pays asiatiques et la Corée du Sud en particulier - équipent leur pays en fibre optique. Ils permettent la transformation de chaque entreprise en un fournisseur d'accès à part entière. Accessoirement, ces pays pourront envisager la diminution considérable de leur empreinte énergétique et leurs rejets de CO2 en privilégiant le télétravail notamment ! 4ème observation. Les gouvernements, sous la pression des producteurs d'œuvres numériques ont mis en place des législations de plus en plus contraignantes. La conséquence est qu'elles constituent un frein au développement du logiciel libre. Les brevets, aussi inutiles les uns que les autres, se développent dans le monde entier et sont autant de freins au développement d'une informatique qui privilégie la logique coopérative. Le vieux monde résiste. Mais, pour combien de temps encore ? La micro-informatique, avec l'automobile, est l'une des technologies qui incarne à la perfection la prégnance du mythe prométhéen dans nos imaginaires. Or ce mythe aujourd'hui, en informatique comme ailleurs, touche aux limites qu'avait évoqué Hans Jonas au travers de l'impératif induit par le principe de responsabilité.

Dsfc Dsfc

Informatique : la fin du mythe prométhéen
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Commentaires

Bravo pour cette clairvoyance qui fait défaut à beaucoup, notamment nos dirigeants. Les changements nécessaires ne seront supportés que lorsque chacun acceptera d’avoir tort; l’humilité est une nouvelle qualité!

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