Quel avenir pour les espaces numériques publics et associatifs ?

Picardie En Ligne est une initiative unique en France, dont l’objet est d’accompagner la création et le fonctionnement d’espaces numériques publics. Le programme regroupe aujourd’hui 150 centres essaimés dans les départements de la Somme, de l’Aisne et de l’Oise. Les principaux usagers de ce programme sont, pour l’essentiel, des jeunes et des personnes âgées qui viennent s’y former à l’utilisation d’Internet, des systèmes d’exploitation et de logiciels qui les accompagnent.

Dès le début des années 2000, l’association Saint-Pierre Informatique – que je co-fondais en 1987 – avait déjà connu, elle-aussi, un vieillissement de ses adhérents. Il s’agissait alors pour les jeunes retraités de s’aguerrir aux nouveaux usages numériques et d’apprendre les rudiments du fonctionnement d’un ordinateur. Le phénomène, depuis, s’est considérablement accéléré, allant jusqu’à menacer la pérennité de l’association, dont l’objet principal reste la formation aux logiciels utilisés par les particuliers. En 2005, conscients de la nécessité de coller au plus près de la demande des adhérents, nous lancions des ateliers sur Linux, la maintenance, la vidéo, la recherche Internet, ainsi que des ateliers de réparation qui eurent alors beaucoup de succès.

Dans les espaces numériques publics, la situation a connu la même évolution. Depuis plusieurs mois, la désaffection pour ces centres s’est considérablement accélérée, au point où l’utilisation des machines, dans la communauté de communes où je réside, dépasse péniblement les 10%. Les acteurs publics devront très bientôt en tirer toutes les conséquences ! Les régions et autres collectivités territoriales ne pourront pas continuer de financer des services publics sans usager !

Quelques chiffres

La raison principale de la désaffection de ces espaces tient au fait que les prix des matériels et l’accès à Internet ont permis la massification et l’individualisation des usages numériques !

Avec 23.1 millions d’abonnés, le taux d’équipement en Internet approche aujourd’hui les 75% de foyers français. Compte tenu du développement du Smartphone et de la généralisation de l’Internet en entreprise, le pourcentage de la population ayant accès à Internet doit avoir, en fait, dépassé les 90%.

Taux de pénétration de l'Internet en Europe

L’autre catalyseur de la massification des usages numériques est l’effondrement des prix des matériels informatiques, pour l’essentiel fabriqués dans le sud-est asiatique. Chez LDLC, vous pouvez acheter un micro-ordinateur pour moins de 200 euros ! En y ajoutant écran, clavier et souris, le coût d’une machine complète est de 300 euros.

Quelles perspectives ?

Pour éviter de disparaitre à court ou moyen terme, ces espaces numériques publics et associatifs, à l’image de Picardie-en-Ligne, devront chercher à s’adapter en portant de nouvelles activités. Les associations et les collectivités, à la condition de disposer de permanents, peuvent envisager de développer l’événementiel en l’articulant à une logique de projet : install party, lan party, brocantes informatiques, conférences, expositions… Elles peuvent aussi accompagner et/ou porter des projets locaux (journaux, films, sites Internet…), à la condition toutefois d’être dans des zones où le tissu associatif et la vie scolaire soient suffisamment développés.

L’autre axe de développement serait de renforcer l’offre de formation, à destination du grand public, en s’appuyant sur des matériels mobiles afin de se projeter dans d’autres lieux à la rencontre de nouveaux publics. La question est de savoir si c’est bien là le rôle d’une association ou d’une collectivité que d’entrer, un peu plus, dans une logique de marché…

Dsfc Dsfc

Quel avenir pour les espaces numériques publics et associatifs ?
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Commentaires

Bonjour, en parcourant internet, je tombe sur cette article et je suis surpris des constatations que vous faite.

Moi qui suis sur le terrain depuis 10 ans je ne vois pas de désaffection des ses lieux et je vois toujours du monde dans ses espaces et surtout une utilisation différente des ses lieux.

Je suis prêt à prendre le temps d’échanger avec vous sur ce sujet car le constat que vous faite est en décalage avec ma réalité du terrain.

Cordialement
Mr Venadiambu bertrand

@Bertrand

Nous pourrons confronter nos expériences.

Appelez-moi en soirée, sur mon mobile !
-> http://www.dsfc.net/contact/

Pour avoir pu observé l’implantation dans des contextes communaux différents de ce type de structure qui était, au départ c’est vrai, un peu chaotique :
budget de fonctionnement quasi inexistant, complémentarité mal abordée entre structure municipale, associative, scolaire, voire privée, etc…
Mais les outils plubliques sont maintenant fédérés et les offres de formation constamment réactualisées. Certes, leur intégration dans le tissu scolaire et associatif peut encore être amélioré dans certains endroits mais la dynamique de fonctionnement est là.

http://cyber-defi.com/defi-2012/classement/

Merci tout d’abord, François, pour votre réponse.

La question qui me semble centrale est la capacité et/ou la volonté des collectivités à financer de tels dispositifs, lorsque le taux d’équipement en informatique et Internet de la population dépassera les 90% !

Restent les projets et les synergies avec les collectivités, les écoles, les associations, les bibliothèques, les médiathèques. C’est d’ailleurs ce que réussit très bien à faire Picardie en Ligne !

La question centrale de la capacité/volonté des collectivités à pérenniser des dispositifs/projets est récurrente, mais dans le cas des EPN, les réseaux existent
http://www.creatif-public.net/
et font en sorte que les outils s’intègrent dans le tissu social, ce qui est le cas.

Même si tout le monde dispose d’une connexion, tout le monde ne maîtrise pas le web ou les applications, d’où leur intérêt. Et mathématiquement, il y aura renouvellement de leur public.

Maintenant, ces structures resteront circonscrites, parce que
publiques et ne rentreront pas en concurrence déloyale.

Leur « rentabilité » se calcule, non en CA, mais en volume et en diversité d’usagers, ce qui leur assurera un financement de fonctionnement sans bien sur qu’ils ne soient à l’abri de réorientation budgétaire.

Cela étant, c’est un échéange intéressant qui nécessiterai un peu plus de place et de temps.

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