A l'occasion de mes éructations en faveur du logiciel libre et de Linux en particulier, je recense méticuleusement toutes les réflexions et réactions diverses que provoque mon pladoyer.

En entreprise

La majorité des responsables informatiques, des Dsi qui s'opposent à Linux arguent que les projets Open Source ne seraient pas pérennes. Evidemment, c'est ignorer la réalité de l'industrie du logiciel qui aurait aujourd'hui beaucoup de mal à fonctionner sans l'apport innovateur des développements communautaires. Ne parlons pas des projets qui accompagnent nos parcours professionnels depuis de très nombreuses années : Apache, Bind, Samba, Kde, Gnome, OpenOffice, Mozilla. J'en passe et, sans doute de bien meilleurs, encore ! Plus génant : ils ne comprennent pas le modèle économique autour du logiciel libre, confondant allègrement gratuité, code ouvert et logiciel libre. Au vu du niveau de piratage de logiciels dans les entreprises françaises, la question de la responsabilité des Dsi et des directions générales est tout de même largement posée. Et finalement, il est extrêmement étonnant que les éditeurs ne cherchent pas à sévir. Le risque pour eux est énorme. Ils en sont conscients.

L'autre élément un peu plus délicat est la réelle peur qu'engendre Linux pour eux en terme de compétences, de changement d'habitus et, au final, de l'épée de Damoclès que ferait peser au dessus de leur emploi l'hyptothèque d'une migration massive. Les choix des entreprises, dans les circonstances économiques du moment, ne semblent pas vraiment privilégier l'investissement humain, vu davantage comme un coût. Pour autant, imaginez les gains de productivité potentiels qu'une conduite du changement, d'un investissement en formation pourraient amener aux niveaux des entreprises ! Le choix du logiciel libre est désormais un élément de compétitivité et ne pas l'accepter, c'est accepter l'inéxorable substitution de l'emploi dans le service informatique régional par le développement de l'offshore.

A domicile

A l'écoute des jeunes informaticiens que je tente de former à longueur d'années, l'exposé des raisons de l'utilisation de Windows peut revêtir des aspects pour le moins étranges. Première raison : le jeu vidéo. Il est vrai que les éditeurs dont les développements sont longs, coûteux, exigeants et fastidieux, privilégient le marché le plus important. Leur choix est parfaitement légitime du point de vue économique. Les émulateurs sous Linux, Wine, CrossOver, Cedega, n'offrent pas la fluidité que leur donne l'environnement natif. Les drivers graphiques ne produisent pas non plus le même niveau de performances exigé par cette "gamer-génération" sous Linux que celui que leur procure Windows. Dont acte !

Deuxième raison et, franchement, elle me semble beaucoup plus inquiétante. Je cite : " On n'a pas envie de se faire suer !". Eh oui, tout n'est pas toujours aussi simple sous Linux que sous Windows. Entendre ces propos de la bouche d'informaticiens, c'est extrêmement gênant... L'entendre de la part de jeunes de moins de 25 ans, c'est franchement insupportable ! Les habitudes de vie, les résistances seraient-elles à ce point rédibitoires ? Imaginez ces mêmes jeunes à 35, voir 45 ans. Dur...dur. Et de mon point de vue, la non volonté à organiser le changement dans leur habitus informatique ne laisse pas augurer de beaux jours pour l'emploi informatique en France. Heureusement, les exceptions sont aujourd'hui nombreuses. Et, en France, l'exception tend, au fur et à mesure, à devenir la règle. Espérons le !