Informaticiens réels et informaticiens virtuels
Par Denis Szalkowski, vendredi 21 septembre 2007 à 07:32 :: Open Source :: #1988 :: rss
Au cours de l'une de mes récentes pérégrinations, j'ai pu me rendre compte de toute la complication réelle qu'ont certaines personnes à promouvoir le logiciel libre. Parfois, leur action, disons-le tout net, est contre-productive et tendrait à éloigner définitivement les entreprises, leurs dirigeants et leurs salariés de la perspective de sortir du tout microsoft.
Analyse réelle du réel
Le réel ne se décrète pas ! Il est. Même quand on est DSI ou chef de service de l'informatique, il ne faut pas un seul instant hésiter à mettre les mains dans le cambouis et s'immerger dans la production du service informatique. C'est uniquement à ce titre que les informaticiens - ceux qui font l'informatique au jour le jour - accepteront les évolutions et autres migrations que vous pourrez leur proposer. La conduite du changement ne se fait à partir des ors des bureaux de la direction des entreprises. Elle ne s'est pas par une simple analyse des tâches qui relève du roi Ubu ou du général Nivelle. Le risque pris est alors celui d'être perçu comme l'halluciné ou l'agité du bocage qui s'ajoute à la cohorte des directeurs du passé et du passif. Si vous y ajoutez quelques éléments d'un verbiage techno-technocratique, le mieux, pour le DSI, est encore de, très vite, changer d'entreprise ! Très loin du sol, la vitesse de traversée des atmosphères des entreprises risque de se faire à la vitesse de la lumière. Imperceptible.
Agir à la marge par l'expérimentation et l'exemple
Je suis souvent surpris par les velléités des nouveaux Dsi qui veulent promouvoir le libre. Si leurs capacités de visionnaire sont indéniables, leurs qualités humaines nous amènent à relire Antigone de Jean Anouilh pour mieux les cerner. Leur mot d'ordre à l'instar du chef de guerre que fut Attila est Tabula Rasa. Prisonnier de leurs propres injonctions à dire, ils ont beaucoup de mal à faire ou à faire faire se heurtant à des résistances humaines bien légitimes.
Les solutions existent. Elles consistent à agir à la marge en mettant en œuvre une expérimentation réversible, sachant que la réversibilité est inutile si l'expérimentation est acceptée. Il faut prouver la justesse des solutions sur le plan technique, montrer qu'elles ne surconsomment pas les ressources humaines de façon inutile. Les méthodes traditionnelles de gestion de projet me semblent souvent relever de la construction de l'usine à gaz. Pour ma part, je pense qu'il faut s'inspirer davantage des méthodes agiles.
Le choix de l'échantillon sur lequel sont expérimentées les nouvelles solutions détermine la faisabilité de la solution proposée sur le plan global. Il doit être représentatif de la diversité de l'entreprise.
Evaluer les coûts et les gains
L'évaluation de l'impact financier doit se faire sous plusieurs angles :
- économies de licence
- non renouvellement de machines
- coût de la formation
- baisse de productivité
La baisse éventuelle de productivité suppose la construction d'indicateurs au travers de données "objectives" telles que le taux d'indisponibilité des serveurs et des machines ou bien la mesure du temps passé auprès des utilisateurs. En dehors de fournir des indicateurs de mesure, la mise en œuvre d'un Help Desk peut permettre de dissocier le besoin d'information et le besoin de formation.
Le monde de l'entreprise se fiche éperdument de la vision "libératrice" des promoteurs du logiciel libre. Fort de nos handicaps dans un monde inféodé aux solutions propriétaires, tâchons d'amener les salariés, les directeurs financiers et les informaticiens à croire que le libre peut amener un plus.
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