L'annonce d'une offre d'emploi pour le compte d'un client m'a amené bien légitimement à m'interroger sur la complication à recruter

Le diplôme

Le développement de l'apprentissage en tant que méthode d'acquisition d'un diplôme, l'émergence de la Validation des Acquis de l'Expérience semblent mettre l'accent aujourd'hui sur les compétences (synthèse des savoirs et de l'expérience) plutôt que sur les savoirs fondamentaux. Pour autant - et c'est là le paradoxe ultime -, les formations dispensées par le CNAM ne se sont jamais aussi bien portées. Autrement dit, il semblerait que l'apprentissage ne soit vu, par les jeunes, que comme un marche pied permettant d'intégrer une école ou une formation complémentaire de type "universitaire". L'organisation de la rémunération et la perspective d'augmentations statutaires y sont pour beaucoup.

L'opération de recrutement orchestrée par Help-Line recherchant des personnes sachant "lire, écrire, parler correctement le français, avoir plus de 18 ans", sans recours au CV montre que, chez le recruteur, le diplôme ne semble pas toujours au cœur des préoccupations. Situation pour le moins paradoxale quand on sait l'obsession des jeunes à acquérir ce bout de papier si symbolique ! Le "nouveau" comportement de ces employeurs répond à deux logiques : effacer le concept de diplôme pour axer sa stratégie sur la minimisation des salaires et faire face à une éventuelle tension sur le marché de l'emploi dans les NTIC.

Des salaires à la hausse ?

Le marché des services et des logiciels a progressé de 6.5% en 2006. Pour autant, l'annonce de la flambée des salaires pour les jeunes diplômés reste encore dans le domaine de l'entretien du mythe manipulateur. Ce genre d'annonces cherchant à amener de nombreux jeunes dans ce secteur ne fait que de contribuer à entraîner une baisse des salaires dans le court terme. La presse informatique en véritable relais des opinions du Syntec ferait bien d'enquêter sérieusement sur la réalité de ce genre d'informations. Bientôt, nous aurons le droit à la rhétorique de la fuite des cerveaux. Certains semblent d'ailleurs s'interroger. Cela n'empêche pas les organes de presse auxquels ils appartiennent de relayer d'étranges propos, peu habituels.

Par ailleurs, le bidonnage des offres surnuméraires dans la presse locale relève davantage de la stratégie de communication que de la réalité de la croissance de ces sociétés dont je sais qu'elles sont confrontées à de réelles difficultés. Rappelons enfin que la présence d'un chômage de masse (19% en France) est un effet de marché qui permet de mesurer toute la réalité d'un mensonge savamment organisé même si, ici ou là, peuvent exister des tensions... passagères. Gageons que le nouveau gouvernement avec son nouveau concept d'immigration choisie permettra aux entreprises de lever l'hypothèque de la hausse salariale sur le long terme. ;+)

La concurrence entre les petites et grosses entreprises

Dans cette situation de tension réelle ou hypothétique en terme d'emploi informatique, dans un contexte de maîtrise des coûts et des salaires, les grandes entreprises disposent d'atouts non négligeables. Application stricte des 35 heures, avantages en nature, chèques vacances, tickets-restaurants, existence de CE et niveau de salaires plus élevés, remboursement de frais de transport font que les TPE et les petites entreprises de moins de 50 salariés sont à la peine. Comment être attractif quand, pour un même emploi, le niveau de salaire atteigne une différence de 10 à 15 K€ par an ? D'autant que les postes en petite entreprises sont beaucoup plus exigeants. Ils requièrent davantage d'autonomie et de responsabilité que de nombreux jeunes continuent de fuir. Peur de malfaire ? Peur de perdre son emploi ? Fournir le minimum requis pour des salaires pas toujours valorisants ? La situation du recrutement pour les petites entreprises n'est pas rose. D'autant que là où le cloisonnement technique des grosses structures rassure, la palette des compétences nécessaires pour travailler dans les petites entreprises inquiète.

Les compétences

C'est dans ce champ que nous pouvons légitimement nous inquiéter. En aucune façon, consultation de forums Internet, cyberglandage passif, confusion entre utilisation personnelle et professionnelle de l'informatique, addiction aux jeux vidéo ne peuvent permettre à un technicien ou à un ingénieur de faire progresser ses compétences en informatique. Le contenu des formations et de cursus d'apprentissage centrés sur les logiciels Microsoft et les matériels Cisco appauvrit de façon irréversible le panel de compétences nécessaires au travail dans une TPE ou une PME. Pire, s'appuyant sur la délivrance de certifications dont l'utilité sociale reste à démontrer, les formations produisent davantage de compétences symboliques que de compétences réelles ! Le caractère excessif de mon propos n'aura bien sûr échappé à personne.

Etat d'esprit

Et puis, le souci de ne pas en faire plus semble enkyster dans une culture de la facilité. Pourquoi se faire mal quand on a tout ? Pourquoi chercher à faire autrement quand ça marche ? L'absence de réflexion sur les process peut, dans certains cas, être liée à une charge de travail bien réelle. Elle traduit souvent une incapacité à prendre du recul. Le contenu techniciste des formations éloigne de la nécessité de capter l'environnement global de l'entreprise et d'anticiper. On finirait presque par croire qu'il s'agisse de l'expression d'une volonté collective qui entre en résonance neuronique dans nos cerveaux. Je suis souvent attéré de la réaction d'informaticiens vis à vis de Linux et du logiciel libre. Souvent proches de propos de café du commerce, les mots employés pour dénigrer cachent souvent une beaufitude de l'esprit rarement atteinte dans notre histoire collective. J'ai conscience au travers de mes mots que la charge est lourde, très lourde. Alors discutons-en !