Certains peuvent croire légitimement que notre salut vient d'ailleurs. Autrement dit, face à la faillite de notre viticulture, allons prendre exemple chez les autres. Les autres, c'est par exemple l'Australie qui produit l'essentiel de son vin, en s'appuyant sur 4 producteurs-négociants, à partir de vins d'assemblage faits de cépages hétérogènes. Cabernet, Syrah, pinot... tout est mélangé pour flatter le palais du consommateur. Le codex alimentarius autorise toutes sortes d'additifs. Alors, si le consommateur demande certaines saveurs, il faut lui en donner ! En réalité, ne soyons pas dupes. C'est bel et bien le producteur-négociant qui dicte sa loi. Vis à vis du producteur-exploitant agricole auquel il impose une situation de marché. Vis à vis du consommateur en faisant un lobbying actif auprès d'organismes toujours prêts à accepter l'inacceptable au nom d'une efficacité parfaitement contestable. L'apologie de la réussite ? Mais de quelle réussite s'agit-il ?

Pour autant, ne rien faire en France, c'est nous condamner. La première des réformes serait de rattacher un organisme d'état à l'INAO et au ministère de l'agriculture. Il serait chargé de faire la promotion du vin français en poussant l'exceptionnelle diversité et richesse de notre vignoble. Ses recettes s'appuieraient sur une part des produits de la taxe foncière perçue par les chambres d'agriculture.

La question même de l'existence des organismes consulaires et tout particulièrement des chambres d'agriculture mérite qu'on s'y attarde. Leur échellon départemental, leur découplage, voire leur concurrence vis à vis des conseils régionaux compétents en matière de développement économique rendent la place et le rôle de ces instituts parfaitement obsolètes. Je n'évoquerai pas ici les questions relatives à leurs modes de fonctionnement interne. Pour moi, ces entités qui perçoivent directement l'impôt doivent être intégrées aux régions, interlocuteurs uniques en terme de promotion de la production et du développement économique régional. Je sais que ces propositions sont avant-gardistes et politiquement fort coûteuses. Pour autant, elles sont indispensables.

Renoncer à notre système d'appellation contrôlée construit depuis le XIXième siècle, basé sur cette rencontre de l'homme, d'un terroir et de cépages, c'est aussi renoncer à l'idée de la France elle-même, à son histoire, à ce que nous sommes, à son identité comme l'avait écrit Fernand Braudel. Ce serait accepter de se dissoudre dans cette bouillie culturelle globale. Je ne peux pas croire que des commissaires et fonctionnaires s'en prennent à notre identité par veulerie, préconisant tour à tour la désalcoolisation du vin, l'usage des copeaux, l'arrachage de notre vignoble et, maintenant, la disparition de nos appellations.