Jeudi matin, alors que je m'apprétais à lire quelques définitions présentant la technologie Olap, l'un des stagiaires présents m'interpela vivement :
"Je n'ai jamais vu ça, un formateur qui lit des documents sur un sujet que vous êtes censé maîtrisé. Vous n'y connaissez rien ! Déjà hier, c'est moi qui est fait la formation."
Pour tout vous dire, la veille, nous avions utilisé la machine du stagiaire du fait d'un problème technique sur ma propre machine. Sans doute, ce transfert a entraîné un autre type de transfert plus psychologique qui m'a alors sans doute échappé par fatigue et lassitude.
Mardi soir, face aux problèmes de spam de l'entreprise, j'avais conseillé au responsable informatique de configurer le serveur Domino avec des Dnsbl tels que SpamHaus. Ce jeune informaticien m'avait alors violemment pris à partie. "Si ça marchait, cela se saurait". Cette réaction m'a amené à écrire un billet sur ce sujet. Il était déjà en concurrence, étant reconnu dans l'entreprise pour ses compétences mais aussi pour son manque de sociabilité notoire.
Face à cette violence et à l'absence de réactions du responsable informatique, je décidais de partir sur le champ en remerciant ce jeune pour sa franchise. Interrogeant d'autres collègues formateurs et après leur avoir expliqué le cadre exact du problème dont je taierais ici certains détails, tous auraient fait le même choix. Le peu de stagiaires au sein du groupe ne me laissait pas véritablement d'autres alternatives. Une aventure similaire m'est arrivé en 1993. Bien que très compliquée, face à un stagiaire souffrant d'un complexe de supériorité, j'ai pu alors la traiter différemment.
Loin de jeter la pierre à ce jeune informaticien, cette mésaventure est révélatrice de plusieurs éléments nouveaux. La pression que subissent les informaticiens dans les entreprises pour certaines en grande difficulté, la culture du résultat sont aujourd'hui telles que nous la prenons en pleine face. Elles déshumanisent les rapports sociaux et la nature de la relation client-fournisseur qui s'impose en dogme à tous les champs de l'activité humaine. Le deuxième élément est que la formation est de plus en plus vue comme une auberge espagnole. Malgré une baisse constante, les prix vendus par les centres de formation font que les clients en veulent pour leur argent. Cette surintermédiation entraîne une pression sur nos prix journées, sachant que nos temps de préparation explosent du fait de l'individualisation extrême de la demande. La question de la rentabilité de nos activités est désormais clairement posée.
Un autre élément vient se surajouter à cette situation déjà complexe. Les centres de formation ne font plus leur travail d'ingéniérie technico-commercial. Ils n'en ont plus les moyens ni les compétences. Il faut vendre. Les plans de formation sont, pour la plupart, de simples copier/coller des catalogues de formation poussés par les éditeurs et les grands centres de formation nationaux. Les Drh en font d'ailleurs de même, ce qui amène une situation de concurrence pure et parfaite engendrant une baisse structurelle des prix journées. Les centres contribuent à se faire hara-kiri. La situation est inextricable. A terme, nous devrons en tirer toutes les conséquences. Sur le plan humain, cette situation est insupportable.
En discutant avec mon associé, il lui est arrivé, il y a 15 jours, une mésaventure qui, sous certains aspects, ressemble étrangement à la mienne. En formation Linux, alors que la formation s'était bien passée, le stagiaire lui a repproché à froid et de façon indirecte d'avoir lu des documents (config de Samba) lors de la formation !!! Cette attitude lui permet surtout de se dédouaner de sa propre responsabilité. En clair, si je ne suis pas capable de mettre en oeuvre cette technologie, c'est que la formation n'était pas correcte. Le stagiaire a même critiqué le choix de mon associé de lui présenter deux distributions. Le nombre restreint de stagiaires réduit à une seule personne le permettait. Sans doute, face à la profusion d'outils et à une culture nouvelle mélangeant mode commande et mode graphique, le stagiaire aura quelque peu paniqué. Faut-il lisser cette complexité au risque de paraître encore plus incompétent lorsque le stagiaire monte en compétences ? Ne sommes-nous pas en train de changer de métier ? Y avons-nous encore notre place ? En toute honnêteté et pour tout vous dire, je commence à avoir un début de réponse. Lorsque nous agissons en direct avec NOS clients, nous ne recontrons aucun de tous ses problèmes. Nos visions de la formation sont-elles encore compatibles avec une situation de marché dont nous ne voulons plus ? Sans doute, de moins en moins. Nous devrons faire des choix. Ils sont déchirants. Ils sont nécessaires si nous voulons survivre économiquement et défendre une autre vision des rapports humains et de la formation. La dérive d'une certaine façon de faire de la formation est incompatible avec ma propre vision et avec mes valeurs. J'arrive un moment de ma vie où j'ai envie de choisir. Je n'ai plus envie de subir.La formation n'est pas une marchandise comme les autres.